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lundi 12 juin 2017

Eraserhead

  • Cinéma, de David Lynch, 1978, Américain



  • Pourquoi ça crame les oiseaux?

Film-poésie noire visuelle et sonore, Eraserhead est une expérience lente, angoissante et insensée qui ne ménage pas le spectateur non-averti. Il n’y a pas vraiment de violence mais une ambiance lourde, de longues scènes en noir et blanc, une bande son plutôt bruitiste, dans un univers qui présage des futurs films du réalisateur, bien que plus onirique et minimaliste, avec aussi moins de moyens.  

  • L’histoire

Il est difficile de parler d’histoire ici. Comme à l’habitude de David Lynch, ce n’est pas le sens qui est le plus important, même si finalement l’évolution des événements est presque plus facile à suivre dans les grandes lignes que dans un Lost Highway ou un Mulholland Drive.
Un homme vit seul dans un petit appartement près d’une usine. Il est amoureux d’une femme qui l’invite à dîner chez ses parents, mais durant ce dîner il apprend que la femme est enceinte, et qu’il doit l’épouser. Tout cela serait pour le mieux s’il n’y avait pas ce bébé plus qu’étrange, face auquel on ne sait pas vraiment quoi faire. Quand la mère part, trop agacée par les pleurs de ce petit monstrueux, le « papa » se retrouve face à ses peurs et à ses espoirs qui se concrétisent dans des scènes de rêves absurdes et fantastiques, dans lesquelles il rencontre des femmes hors normes pleines de promesses et de menaces.    



  • Ce n'est que mon avis

Nous avons eu la chance de voir Eraserhead au cinéma suite à sa restauration. Je n’avais jamais vu ce film, le premier de David Lynch, et c’est vrai qu’il représente une bonne introduction à son œuvre future. Assez simple et avec peu de personnages (c’est presque entièrement un huit-clos entre l’homme et son bébé dans leur minuscule appartement, à part la scène de repas au début et les échappées fantasmatiques du personnage), il est très contemplatif, et on retrouve ces éléments surréalistes et totalement gratuits qui créent l’ambiance à la fois drôle et profondément dérangeante qui fait la pâte du réalisateur. Il y a : de minuscules poulets rôtis qui s’agitent en crachant du sang, un père de famille qui reste figé avec un large sourire alors que tout le monde autour pleure et s’agite, une entreprise qui fait des gommes avec le cerveau d’une tête trouvée dans la rue (d’où le titre du film), ou encore une femme aux joues de hamster qui ecrase des fœtus en souriant et en chantant « in heaven everything is fine » (chanson qui sera reprise par les pixies, voir la vidéo ci-dessous).   

 
J’ai notamment beaucoup apprécié l’utilisation de la marionnette – bébé, ayant un faible pour les marionnettes en général, qui apportent souvent une magie inattendue. Dans ce film elle réussit à être parfois attachante et souvent concrètement hideuse.
Les effets visuels comme sonores ont tendance à maltraiter à dessein le spectateur : bruits lancinants ou stridents presque industriels d’appareils électroménagers ou de la ville, transitions instantanées entre des décors obscurs et des écrans d’un blanc aveuglant (surtout au cinéma, ça fait mal aux yeux !).

A voir en prenant son temps, si on est un peu maso, et si on apprécie déjà le réalisateur, le cinéma expérimental, l’expressionnisme ou encore les radiateurs.


mardi 9 mai 2017

Swiss Army Man

  • Cinéma, de Daniel Kwan et Daniel Scheinert, 2016, Américain




  • Pourquoi ça crame les oiseaux?

Conte burlesque et psychologique où un cadavre parlant devient outil multifonction.

  • L’histoire 

Le bateau de Hank a été pris dans une tempête et il a échoué seul sur une île déserte. Désemparé et mourant d’ennui, il est sur le point de mettre fin à ses jours quand il aperçoit un corps sur la plage. Malheureusement ce compagnon de fortune n’est pas de si bonne compagnie puisqu’il est mort, et Hank n’en obtient que de bruyantes flatulences. Qu’à cela ne tienne : enfourchant tel un jet ski sa machine à gaz décédée, ils se lancent ensemble à la reconquête de la civilisation, pour laquelle il faudra réapprendre au mort ce qu’est la vie, répondre à ses questions absurdes et dompter la nature sauvage grâce aux atouts inattendus de l’enthousiaste cadavre.    



  • Ce n'est que mon avis

Ce film a été projeté en ouverture du dernier festival européen du film fantastique de Strasbourg, c’est en flânant sur leur site que je l’ai découvert, avec d’autant plus de facilité qu’il est en ce moment accessible sur Netflix. Son casting aussi paraissait plutôt prometteur, surtout pour un film de ce genre : Daniel Radcliff en cadavre péteur aux antipodes de ses aventures Harrypotteriennes, et Paul Dano, que j'ai découvert dans Prisoners et qui est apparemment doué dans les rôles de jeunes freaks un peu paumés qui frôlent la folie.


J’admets que l’aspect cadavérique de la chose est le seul élément justifiant un cramage éventuel d’oiseaux, car d’une manière générale il s’agit plutôt d’un feel-good movie, comédie intelligente et absurde dans un univers poétique très visuel, au milieu de la foret. La musique est vraiment adaptée, ces chants a capella qui se superposent aux chansonnettes des personnages, c’est superbe. Certains passages font franchement rire, mettant en scène des situations ultra grotesques, et pourtant l’ensemble est plutôt attendrissant, car ce cadavre qui revient peu à peu au monde a le don par sa naïveté de toucher les questions les plus intimes, et finalement en tentant de reconstituer un monde de bric et de broc Hank va vivre une quête initiatique et emportera le spectateur avec lui. Un petit bijou bizarre et léger qui fait du bien, à regarder sans modération!        



samedi 11 février 2017

Hold/Still

  • Disque, Rock-electro, de Suuns, 2016, Canadien


  • Pourquoi ça crame les oiseaux?

J’ai trouvé toutes sortes de mots pour qualifier la musique de Suuns : post-punk, krautrock, art-rock, blues rock, bruitiste, aérien, avant-guardiste… Mais le mot qui revient toujours est : sombre.

  • De quoi s’agit-il ?

Le groupe Suuns existe depuis 2000 : avec ses deux premiers albums, et une collaboration en 2015 avec Jerusalem in my Heart, le groupe canadien s’est fait connaitre de la scène internationale avec leur  électro-rock lent et expérimental, faisant penser à un Archive en plus brut et plus minimaliste. Sorti via le label indépendant Secretly Canadian, le dernier album, Hold/Still, laisse beaucoup de place aux machines. Le son fait collaborer bruits discordants et belles envolées mélodiques, les textes sont scandés par la voix morne du chanteur Ben Shemie, les guitares sont à l’arrache, et l’ambiance très lourde…            


  • Ce n'est que mon avis

J’ai pris ce disque à la médiathèque sans connaitre le groupe, attirée par l’esthétique mystérieuse de la pochette : cette dame floue dans un univers noir, voilà qui représente bien la musique de Hold/Still. A son écoute, on reste bizarrement hypnotisé par les mélodies éthérées, l’électro lancinante et les ambiances puissantes et tranquilles, fasciné par les tours et détours tortueux et inattendus qui nous attendent dans les différentes chansons, entre énergie rock, transes entêtantes et passages aériens.

Bien que le son soit brut et crasseux, souvent répétitif, les mélodies et sons distillés par Suuns semblent méthodiquement calculés, les constructions intellectuelles. Et cependant, l’écoute est facile, elle me berce d’une manière presque rassurante. A chaque écoute mon plaisir est renouvelé : je suis entièrement envahie par les univers sonores variés qui forment pourtant un ensemble cohérent, intime, unique et original. Un album fortement conseillé, en attendant de voir un éventuel live qui promet d’être mémorable !


mercredi 16 novembre 2016

Black Mirror

  • Série, de Charlie Brooker, Britannique, créée en 2011


  • Pourquoi ça crame les oiseaux?

Série TV qui à chaque épisode invente de nouvelles histoires nées du rapport, dans un futur plus ou moins lointain, entre l’homme et la technologie : télévision, technologie portable, réseaux sociaux et internet.
Histoires qui finissent rarement bien… C’est un euphémisme ! Vision critique de la société actuelle et de son rapport avec les médias, satyre, situations absurdes et parfois choquantes ou perturbantes.

  • Ce dont il s’agit

Chaque épisode de Black Mirror est construit de manière totalement indépendante : scénario unique, nouveaux personnages, nouveaux acteurs. Même les époques ne sont jamais les mêmes : de très proches de nous à très lointaines dans le futur, dans une société qui ressemble à la nôtre ou qui s’est totalement transformée. Cependant elles ont toutes en commun de raconter les mésaventures d’un personnage en particulier, qui verra le cours de sa vie transformé par le biais des NTIC. Difficile de donner des exemples sans spoiler. Mais on retrouve notamment des puces qui, placées derrière l’oreille, servent de mémoire virtuelles et enregistrent tout ce qui est vu ou entendu, au cas où on voudrait se le repasser plus tard. Des victimes de hackeurs ou de youtubeurs malveillants. De la téléréalité à très grande échelle. Ou encore des jeux vidéo dans une réalité virtuelle terriblement réaliste… (vidéo en VF mais je n’ai pas trouvé la VOSTFR). (Sérieux rien qu’en regardant cette bande annonce pour la mettre sur le blog j’ai envie de tout revoir…)


  • Ce n'est que mon avis

J’ai découvert la série en regardant par hasard ce qu’il y avait sur Netflix. Choc et étonnement ! Aucune série ne ressemble à Black Mirror, pour plusieurs raisons. Bien sûr par sa forme originale, sans histoire suivie. Mais surtout par son ton : les scènes et thèmes abordés sont très osés, on sent que le réalisateur ne s’est pas imposé les limites de la série « grand public ». Les sujets sont pertinents : ils semblent toujours être le résultat d’analyses de notre société et de ses travers, et au-delà de la technologie c’est la faiblesse de l’homme qui est pointée du doigt.


La réalisation est maîtrisée et rythmée, on ne s’ennuie pas une seconde, et après chaque épisode on a envie de voir le suivant (si on a la force bien sûr !), parce qu’on sait qu’on aura toujours beaucoup d’esprit, des surprises, et cette satisfaction de sentir le pied de nez fait au spectateur qui ne sait pas à quoi s’attendre. Ce sont de vrais petits films, et je dirais de petits films d’auteur, dans lesquels l’histoire personnelle des personnages et leurs sentiments sont aussi importants et traités avec autant de soin (bravo aux acteurs !) que la critique de la société actuelle. On s’identifie très bien, les situations sont tout à fait réalistes et l’effet n’en est que plus puissant. Best série ever ? Peut-être…


lundi 24 octobre 2016

When the Cellar Children See the Light of Day

  • Disque, Folk, de Mirel Wagner, 2014, Finlande

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  • Pourquoi ça crame les oiseaux?

Décidément, j’ai encore envie d’écrire « comme son nom l’indique » : When the Cellar Children See the Light of Day, c’est donc quand les enfants de la cave voient la lumière du jour. Cela dit, dans ce disque, on sent bien qu’ils ne vont pas la voir de sitôt, voire que tout le monde sera mort avant de l’avoir vue.
Une poésie noire, sur les thèmes de la mort, de la peine, de la trahison, de la nuit, de l’enfance, toute en finesse et belle tranquillité.   

  • Ce dont il s’agit

Deuxième album de la chanteuse de folk finlandaise d’origine éthiopienne : on y trouve des notes de guitare et des arrangements minimalistes qui donnent des mélodies mélancoliques, servant des textes non moins torturés. La voix est douce, presque susurrée, et semble tranquille même dans la résignation : « you can’t eat the dirt, even if you wanna » : tu ne peux te nourrir de la saleté, même si tu le voudrais. Musicalement, on pense à Léonard Cohen, ou à Nick cave.


  

  • Ce n'est que mon avis

le premier album éponyme de Mirel Wagner m’avait déjà fait une très forte impression, notamment avec la chanson « no death », formidable de simplicité morbide.




Alors, qu’en est-il de ce deuxième album ?
Il est vrai que l’accroche est moins immédiate que pour le disque précédent, et que les chansons sont pour certaines plus difficile d’accès, le tempo étant encore plus lent. Mais après quelques écoutes, et en prenant le temps d’apprécier l’ambiance sombre et de comprendre les paroles pour les moyennement anglophones, on savoure finalement aussi bien ce petit bijou musical


Le style reste le même : la voix donne une impression d’intimité comme si la chanteuse nous récitait lentement ses petites histoires étranges à l’oreille. On retrouve le plaisir d’une beauté dénudée, spectrale, sans la caricature qu’on pourrait craindre avec ce type d’attitude et de thèmes. On sent une certaine modestie qui sert bien le coté profond mais sans chichis, tout en allant sans broncher assez loin dans le désespoir et le cruel pour faire sourire l’auditeur averti !



samedi 24 septembre 2016

Mon coeur à l´étroit

  • Roman, de  Marie NDiaye, 2008, Français




  • Pourquoi ça crame les oiseaux?

Histoire surréaliste d’un couple bien sous tous rapports qui devient un jour la risée de l’univers entier, sans savoir pourquoi. La femme et le mari devront alors subir toutes sortes de violences physiques ou psychologiques, mais peut-être l’ont-ils bien mérité ?

  • L´histoire


Nadia et son mari Ange sont instituteurs depuis plusieurs années dans une école de Bordeaux. Ils adorent particulièrement leur métier et se targuent d’avoir un grand sens du devoir et du sacrifice au nom de cette destinée qui est la leur. Cependant, un jour, leur entourage se met à les éviter, puis à les mépriser, des passants dans la rue aux élèves qu’ils aimaient tant. La ville entière parait liguée contre eux, et personne ne les respecte assez pour même leur expliquer pourquoi on ne veut plus avoir affaire aux « gens comme eux ».

Quand Ange est agressé et grièvement blessé, leur voisin est la seule personne prête à leur venir en aide. Mais qui est donc ce Noget, se demande Nadia, qui malgré qu’ils l’aient toujours considéré comme un petit retraité méprisable parait près à tout pour être leur ami et gérer leur maison ? Quelle aide peut-elle demander, elle qui a toujours privilégié son travail à ses proches, fils ou ex-mari ?
Alors que la ville devient un labyrinthe brumeux peuplé d’êtres hostiles, que le corps de Nadia se transforme étrangement, devenant de plus en plus gros, son passé et sa vision du monde lui sont jetés au visage, sans qu’elle ne comprenne réellement ce qui lui est reproché. L’école l’ayant congédiée sans raison et la plaie d’Ange dégoulinant de plus en plus de pus, Nadia doit fuir. Mais y’a-t-il un chemin de rédemption pour les gens comme elle ? Quelles forces diaboliques la pourchassent ?



  • Ce n'est que mon avis


La force de ce roman vient du mélange entre deux thèmes qui n’ont rien à voir l’un avec l’autre mais ici cohabitent d’une manière incroyablement et délicieusement naturelle : d’une part des évènements dramatiques et étranges tirant vers le fantastique, une ambiance de rêve ou plutôt de cauchemar, très visuelle, qui berce le lecteur et le met mal à l’aise. Et d’autre part une description et jusqu’à une analyse poussée de la psychologie de Nadia, le personnage principal, faite par elle-même puisque c’est un roman à la première personne. Comme le lecteur soupçonne que le comportement de Nadia est la cause de ses malheurs (et tente en permanence de comprendre par quel phénomène), la découverte petit à petit des rouages de sa manière de penser et d’agir se fond avec les bizarreries oppressantes qui sont devenues son quotidien.

La description psychologique du personnage est fine et riche, amenant souvent le lecteur à se remettre en question en se cherchant des points communs avec cet être que la bassesse et l’égoïsme, ou serait-ce autre chose, ont amené à la déchéance sociale et à la plus grande honte. On oscille donc entre pitié et dégout pour le personnage, tout en se laissant fiévreusement emporter par ce récit lynchéen, plein de questions sans réponses et d’apparitions inquiétantes.

Ce roman est un des livres qui m’a donné envie de commencer ce blog. Il m’a été preté il y a plusieurs années par mon petit frère qui m’a dit avec un sourire en coin « je pense que ça va te plaire ». Il a eut raison, car il y a beaucoup d’éléments qui font qu’il me plait beaucoup : une ambiance onirique, magique, une violence parfois crue, la présence d’un quotidien réaliste parfois sale ou fade, un travail abouti dans la construction complexe de la logique du personnage principal. On est souvent surpris par le talent de l’auteure pour jouer avec ces éléments. Je vous conseille vivement la lecture de « un cœur à l’étroit », même si elle n’est pas toujours facile, ça a été un vrai coup de cœur pour moi et je ne cesse de le conseiller à qui veut m’entendre !


dimanche 11 septembre 2016

The Strangers

  • Film, de  Na Hong-jin, 2016, Coréen




      • Pourquoi ça crame les oiseaux?

      Film thriller/horreur qui mélange habilement personnages loufoques et horreurs mystérieuses.

      • L´histoire

      Dans un village de Corée du sud, ou la pluie est torrentielle et les policiers paresseux, survient une série de meurtres horribles et étranges. Les victimes sont frappées d’une maladie de peau inconnue, certaines sont plongées dans un état d´hébétude et de délire. Sur la montagne près du village vit un étrange ermite, un vieux japonais avec des mœurs bizarres qui inquiète la population. Le mystère s´épaissit, quand la fille du policier chargé de l’enquête se met elle aussi à avoir des crises incompréhensibles. Il décide de faire appel à un chaman pour dissiper les forces obscures qui entrent en jeu. 

      • Ce n'est que mon avis

      The strangers, avec ses meurtres inexpliqués et ses apparitions fantomatiques, reprend beaucoup de codes du cinéma d’horreur. Cependant, il est particulièrement marquant et vraiment original.

      D’abord par sa structure : il est long (2h30), et l’histoire n’est pas linéaire. On a donc le temps de se laisser imprégner par elle, par l’ambiance, et de ressentir le mélange de réalisme et d’étrangeté grâces à l’alternance de banales scènes de la vie quotidienne avec les moments clés du film et les scènes où la tension monte. Elle monte d’ailleurs progressivement : elle prend des chemins étonnants, notamment avec cette incroyable scène d’exorcisme où le chaman combat le mal dans une longue et délirante transe, pour arriver là où on ne l’attend pas. Alors que le film commence plutôt comme un polar, le surnaturel semble s’immiscer peu à peu.

      L’originalité vient aussi du contexte et des personnages : le policier chargé de l’enquête, qui sera frappé à son tour par le malheur, est plutôt débonnaire et lâche. Ses blagues, ses attitudes, mêlées à ces exagérations qu’on trouve dans les expressions faciales et manières de parler coréennes, en font un élément comique qui va se mélanger complétement au drame. De plus, les habitudes, les croyances et la culture du village coréen sont très présents dans le film, ce qui donne un mélange tradition et de modernité inattendue, loin des standards du cinéma d’horreur américain.



      La transmission de l’ambiance passe aussi par les images et les paysages : la nature autour de la montagne est très belle, et les pluies diluviennes ou les décors de forêts donnent à l’ensemble un coté naturel et sauvage.

      C’est donc un excellent film, le meilleurs qu’on ait vu depuis quelques temps au cinéma, noir, drôle, beau, parfois hypnotique ou grotesque, et d’une grande sensibilité. C’est vraiment enthousiasmant de voir un film si riche, dont tous les éléments sont intéressants et travaillés mais en gardant une belle liberté de ton. Depuis mon copain et moi avons décidé de nous plonger plus avant dans le cinéma coréen, vous en entendrez sûrement parler !    


      lundi 15 août 2016

      Taxidermie

      • Cinéma, de György Pálfi, 2006, 1h31, France/Hongrie/Autriche

      ·         Pourquoi ça crame les oiseaux?

      Je commence fort pour ma première critique : un film très bizarre, trois fables absurdes, pathétiques et grandioses à la fois. Du sexe glauque, beaucoup de bouffe, de la chair humaine découpée en gros plan, un film à la fois mignon et répugnant.

      ·         L´histoire

      Le film se compose de trois parties, chacune exposant la vie d'un homme, une génération après l'autre : le grand-père, le père, le fils. Le premier, soldat un peu “idiot du village”, évolue dans un endroit difficile à identifier, sorte de ferme sale et enneigée au milieu de nul part. “Bon à tout faire” pour la famille qui habite les lieux, il est obsédé par le sexe et les images nous montrent sans ménagement sa manière de fantasmer sur tout ce qui bouge (ou pas), et de trouver des moyens tordus mais créatifs de satisfaire ses envies.

      D'une de ses “aventures” naît le père, être énorme et ridicule qui gagne sa vie en participant à des concours de bouffe. Amour et vomissures se mélangent, sous la pression de la compétition de haut niveau dans un communisme exigeant et fier de ses champions.

      Enfin le fils, dont l'activité donne son nom à l’œuvre entière, empaille des animaux, donc. Il supporte aussi son père dont il a la charge, et qui n'est plus qu'un tas de chair énorme et râleur, cohabitant avec d'horribles chats auxquels il a transmis son amour pour la grande boustifaille. Empailler des animaux a ses limites, et voulant expérimenter jusqu'au bout autour de son rapport compliqué au corps, notre héro connaîtra le succès suite à ses étonnantes manipulations du corps humain.

      ·         Ce n'est que mon avis

      Le film, c'est sûr, ne peut pas plaire à tout le monde, malgré qu'il ait reçu finalement d'assez bonnes critiques dans la presse. Si j'ai parfois raconté l'histoire et quelques détails dégueulasses que je vous laisse découvrir à des proches, ils ont surtout manifesté leur envie de ne pas le voir, voire leur interrogation face à son existence même (cela dit, chers lecteurs, c'est souvent le cas avec ce qui crame trop les oiseaux, c'est pourquoi je compte sur vous pour me faire des retours et pourquoi pas manifester votre enthousiasme!). 

      C'est moche, insistant sur les détails les plus sordides, sans réellement avoir de fil conducteur ou de “morale”. Mais pour cela même, on peut y voir une œuvre d'art très contemporaine vraiment aboutie.




      D'abord, la réalisation bien que classique est réussie, les images sont belles dans leur style et léchées (sans mauvais jeu de mot...), avec des plans souvent étonnants, et des décors et costumes travaillés. Le rythme n'étant pas très soutenu, l’intérêt se trouve aussi dans le coté contemplatif. Ensuite, les personnages ont malgré leurs aspects repoussants un coté attachant et très humain. Leur sensibilité (voir l'histoire d'amour du père), le coté inexorable de leurs situations, fait qu'on peut aussi s'y attacher, presque les comprendre, malgré le burlesque de l'ensemble. On assiste ainsi à une moquerie intelligente de l'être humain, étrangement trash et tendre, qui a la subtilité de laisser le spectateur faire ses propres interprétations sans le tenir par la main par une histoire trop évidente ou des conclusions toutes faites.

      Un film déroutant que je conseille à tous les spectateurs qui aiment découvrir un cinéma vraiment atypique et ont le cœur bien accroché!
      Et vous, avez-vous vu le film? Avez-vous été satisfaits par la fin? Ou est-ce que vous en avez envie? Si vous connaissez d'autres perles dans ce genre en tout cas je suis preneuse!