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dimanche 10 septembre 2017

Les proies v/s The young lady


  • Cinéma, de Sofia Coppola/William Oldroy, 2017, Américain/Britannique




  • Pourquoi ça crame les oiseaux?

Ne laissez pas les femmes seules dans de grandes maisons à la campagne, surtout à des époques où il n'y a pas encore Internet, après elles font n'importe quoi et ça finit mal.

  • Pourquoi un Versus ?

Fin août est sorti le dernier film de Sofia Coppola : Les Proies.
Cette bande de nanas bien corsetées dans leurs robes d'époque, qui semblent seules au monde et cachent leurs émotions sous le vernis bien-pensant de leur éducation religieuse, ça laisse une petite impression de déjà-vu. Et même d'un film récent... The Young Lady, premier film de William Oldroyd sorti en avril dernier, a le même gout de classique en costume méchamment détourné, d'esprit féminin vengeur, de huit-clos psychologiquement tendu, de photographie léchée et de mâles mis à mal. Alors, grosses stars US ou newcomers britanniques?





  • Les histoires

Dans Les proies, pendant la guerre de Sécession, un pensionnat pour jeunes filles du Sud reste ouvert, dans lequel ne vivent plus qu'une poignée de femmes, enfant et adolescentes. Un soldat est retrouvé blessé dans une forêt non-loin de là : même s'il est du camp adverse, il est chrétien de lui porter secours. Alors qu'elles le soignent sagement, désirs et convoitises se développent. Un homme, six femmes, beaucoup de possibilités.

Dans The Young Lady, situé en Angleterre au XIXème siècle, il n'y a qu'une femme : Katherine, mariée à un vieux Lord plutôt méchant. Laissée seule une longue période par son mari, elle tombe amoureuse d'un des jeunes travailleurs de la demeure, et trouve la détermination nécessaire à la recherche de sa liberté, quelqu'en soit le prix.


  • Ce n'est que mon avis

Dans un film comme dans l'autre, la mise en scène est puissamment esthétique. On y admire les reflets de la lumière naturelle sur la peau lisse des femmes, et dans leurs épais jupons. La nature aux alentours est vaste et mystérieuse, pleine de promesses, et les grandes demeures sont sobres et imposantes.

 


Et partout, on se méfie de l'eau qui dort : la sérénité affichée des décors et des personnages, leur constante élégance, ainsi que la chasteté religieuse qui a cours à cette époque cachent des désirs et des pulsions intérieures sauvages. Dans les têtes, la frustration crée des manigances et des manipulations, plus ou moins conscientes, qui vont avoir pour cible les personnages hommes… Ces derniers se trouvent bien peu avisés de se croire protégés et libres de jouir de leur place de sexe fort dominateur. Voilà qui est plutôt jouissif pour nous mesdames !

Cependant, Les Proies joue plus sur la retenue. La pureté des jeunes filles en robe blanche, poussée jusqu'à la caricature, rappelle les sœurs de Virgin Suicide. Leurs actes ne sont pas immoraux : le soldat dont elles s'occupent est toujours bien traité, et on sent de la sincérité dans leurs rapports, jusqu'à ce que la situation se dégrade, apparemment plus par malchance que par calcul. Cette subtilité fait que l'on ne sait jamais où se trouve la limite entre décisions rationnelles, accidents malencontreux, méchanceté inconsciente et vengeance froide.


C'est ce flou qui fait l'intérêt de ce film face à The Young Lady : dans ce dernier, l'héroïne est dès le début du film prête à agir pour accéder à ce qu'elle désir. Cette brune ténébreuse, contrairement aux blondes de Mme Coppola, ne s'embête pas avec la compassion et étonne par sa fougue et son intelligence morbide. La mise en scène est aussi plus poussée : décor carrément minimaliste, absence de musique, le tout est plutôt glacial. 

Par contre, dans les deux cas j'ai eu un peu l'impression d'être trompée par la com' et les critiques : ce sont des films sombres certes, mais les classer dans "Thriller/horreur", c'est un peu trop. Ils ne sont pas à montrer à des enfants, mais on a pas spécialement peur. On est pas subjugué par le suspense, et c'est plutôt une tension qui se crée lentement et se termine par une violence que l'on ne voit pas directement, même si dans The Young Lady elle est clairement plus présente.




  • Conclusion

Malgré toute l'admiration que nous portons à Sofia Coppola et le talent de ses actrices, et même si nous avons trouvé beaucoup de points communs aux deux films, mon mec et moi avons clairement préféré The Young Lady : plus dark, il va plus loin, et apporte plus de surprises et de rebondissements : une découverte intéressante.



lundi 12 juin 2017

Eraserhead

  • Cinéma, de David Lynch, 1978, Américain



  • Pourquoi ça crame les oiseaux?

Film-poésie noire visuelle et sonore, Eraserhead est une expérience lente, angoissante et insensée qui ne ménage pas le spectateur non-averti. Il n’y a pas vraiment de violence mais une ambiance lourde, de longues scènes en noir et blanc, une bande son plutôt bruitiste, dans un univers qui présage des futurs films du réalisateur, bien que plus onirique et minimaliste, avec aussi moins de moyens.  

  • L’histoire

Il est difficile de parler d’histoire ici. Comme à l’habitude de David Lynch, ce n’est pas le sens qui est le plus important, même si finalement l’évolution des événements est presque plus facile à suivre dans les grandes lignes que dans un Lost Highway ou un Mulholland Drive.
Un homme vit seul dans un petit appartement près d’une usine. Il est amoureux d’une femme qui l’invite à dîner chez ses parents, mais durant ce dîner il apprend que la femme est enceinte, et qu’il doit l’épouser. Tout cela serait pour le mieux s’il n’y avait pas ce bébé plus qu’étrange, face auquel on ne sait pas vraiment quoi faire. Quand la mère part, trop agacée par les pleurs de ce petit monstrueux, le « papa » se retrouve face à ses peurs et à ses espoirs qui se concrétisent dans des scènes de rêves absurdes et fantastiques, dans lesquelles il rencontre des femmes hors normes pleines de promesses et de menaces.    



  • Ce n'est que mon avis

Nous avons eu la chance de voir Eraserhead au cinéma suite à sa restauration. Je n’avais jamais vu ce film, le premier de David Lynch, et c’est vrai qu’il représente une bonne introduction à son œuvre future. Assez simple et avec peu de personnages (c’est presque entièrement un huit-clos entre l’homme et son bébé dans leur minuscule appartement, à part la scène de repas au début et les échappées fantasmatiques du personnage), il est très contemplatif, et on retrouve ces éléments surréalistes et totalement gratuits qui créent l’ambiance à la fois drôle et profondément dérangeante qui fait la pâte du réalisateur. Il y a : de minuscules poulets rôtis qui s’agitent en crachant du sang, un père de famille qui reste figé avec un large sourire alors que tout le monde autour pleure et s’agite, une entreprise qui fait des gommes avec le cerveau d’une tête trouvée dans la rue (d’où le titre du film), ou encore une femme aux joues de hamster qui ecrase des fœtus en souriant et en chantant « in heaven everything is fine » (chanson qui sera reprise par les pixies, voir la vidéo ci-dessous).   

 
J’ai notamment beaucoup apprécié l’utilisation de la marionnette – bébé, ayant un faible pour les marionnettes en général, qui apportent souvent une magie inattendue. Dans ce film elle réussit à être parfois attachante et souvent concrètement hideuse.
Les effets visuels comme sonores ont tendance à maltraiter à dessein le spectateur : bruits lancinants ou stridents presque industriels d’appareils électroménagers ou de la ville, transitions instantanées entre des décors obscurs et des écrans d’un blanc aveuglant (surtout au cinéma, ça fait mal aux yeux !).

A voir en prenant son temps, si on est un peu maso, et si on apprécie déjà le réalisateur, le cinéma expérimental, l’expressionnisme ou encore les radiateurs.


mardi 28 mars 2017

Le choix de Sophie

  • Roman, de William Styron, 1979, Américain




  • Pourquoi ça crame les oiseaux?

L’innocent narrateur à peine adulte a une grande histoire d’amitié avec un jeune couple écorché par la vie : une survivante catholique de camp de concentration, et un intellectuel jovial mais passant par des crises de colère furieuse.

  • L’histoire

Dans les années 40, le jeune Stingo part du sud des Etats-Unis où il a grandi pour emménager à New-York et tenter d’y écrire son premier roman. Dans l’hôtel où il loge, il est témoin de la dispute violente d’un couple, Sophie et Nathan. Malgré ses doutes sur la sanité de leur relation, ils deviennent par la suite trois amis qui se font confiance et vivent de grands moments lyriques et joyeux.

Cependant les disputes continuent de plus belle, pendant que Stingo, en pleine confusion des sentiments, cherche à avoir ses premières expériences avec des filles, s’éprend de Sophie, et découvre peu à peu son passé en Pologne avec sa famille puis dans un camp de concentration.




  • Ce n'est que mon avis

Je n’ai jamais été très attirée par les lectures autour de l‘holocauste. Ayant étudié comme beaucoup ses horreurs et ses rouages en histoire et en sociologie, et même si bien sûr ce drame du XXème siècle ne peut cesser de poser question, j’avais peur des récits fatalistes et déshumanisés.

Ce n’est pas le cas dans Le choix de Sophie : l’expérience est racontée avec réalisme mais en intégrant parfaitement la personnalité du personnage dans le récit. Alors que le tout est à l’évidence abondamment documenté, Auschwitz reste l’environnement de l’histoire personnelle de Sophie, et non le thème du livre. Dans cet univers infernal on rencontre des êtres humains divers, le commandant nazi Rudolf Höss (personnage historique) qui fait son devoir avec foi et abnégation, et que Sophie essaiera de charmer pour sauver son enfant, la fille de ce dernier qui mélange avec candeur racisme primaire et comportement imprévisible d’enfant, des résistants, une matonne lesbienne…

En dehors de ce sujet, en fait ce qui m’a le plus marquée c’est le caractère du personnage de Nathan. Jeune intellectuel juif, il n’a jamais connu les camps mais est obsédé par eux, comme par les violences perpétrées contre les noirs aux Etats-Unis. (Il insulte avec régularité Stingo sur ses origines, l’incluant dans le grand sac des esclavagistes frustrés du sud). Ces obsessions, entre autres visions noires de l’humanité, ont tant infusé son esprit qu’il ne cache pas son mépris de l’existence, dont le mal fait partie intégrante. Amoureux passionné, ami extravagant, amuseur mondain cultivé, il devient par moment jaloux et furieux, et déploie des trésors de cruauté psychologique sur ceux qui l’entourent, et sur Sophie en particulier.

L’amour de cette dernière est tout aussi fascinant : dépendance affective totale et pourtant lucide, qui amènera les amants dans de tristes déboires. La candeur du narrateur à l’époque des faits mais aussi sa fine analyse (c’est le Stingo vieilli qui raconte cette histoire de sa jeunesse à la première personne) nous permet d’appréhender peu à peu cette folie humaine dans toute son ampleur. J’ai appris après ma lecture d’ailleurs que le sujet des maladies psychiques est un thème important pour William Styron, qui a écrit par la suite un récit autobiographique sur la dépression. Cette jeunesse du narrateur apporte aussi la touche de légèreté qui rend le roman moins sombre et mêle l’espoir voire la drôlerie à ces aventures sordides, entre rencontres alcoolisées et tentatives de couchage avec des vierges effarouchées fans de psychanalyse suspecte.

Dès le début de la lecture j’ai été impressionnée par la qualité d’écriture de l’auteur (et de son traducteur). Même si les premiers chapitres sont un peu longs et ne nous font pas tout de suite entrer dans l’histoire, on se laisse porter facilement par les belles phrases ciselées et imagées, qui coulent comme une musique douce et complexe. Cette lecture apporte un grand plaisir, même si tout de même à la fin des 900 pages j’ai personnellement commencé à ressentir une lassitude qui a un peu perturbé le plaisir de la fin du roman, pourtant marquante et riche en tours et détours. Mais ces quelques longueurs, donc, sont peu cher payer pour accéder à cette œuvre classique puissante, qui aborde des thèmes universels, nous présente des personnalités incroyablement riches et complexes, tout en maintenant le lecteur en haleine.  

  

samedi 11 février 2017

Hold/Still

  • Disque, Rock-electro, de Suuns, 2016, Canadien


  • Pourquoi ça crame les oiseaux?

J’ai trouvé toutes sortes de mots pour qualifier la musique de Suuns : post-punk, krautrock, art-rock, blues rock, bruitiste, aérien, avant-guardiste… Mais le mot qui revient toujours est : sombre.

  • De quoi s’agit-il ?

Le groupe Suuns existe depuis 2000 : avec ses deux premiers albums, et une collaboration en 2015 avec Jerusalem in my Heart, le groupe canadien s’est fait connaitre de la scène internationale avec leur  électro-rock lent et expérimental, faisant penser à un Archive en plus brut et plus minimaliste. Sorti via le label indépendant Secretly Canadian, le dernier album, Hold/Still, laisse beaucoup de place aux machines. Le son fait collaborer bruits discordants et belles envolées mélodiques, les textes sont scandés par la voix morne du chanteur Ben Shemie, les guitares sont à l’arrache, et l’ambiance très lourde…            


  • Ce n'est que mon avis

J’ai pris ce disque à la médiathèque sans connaitre le groupe, attirée par l’esthétique mystérieuse de la pochette : cette dame floue dans un univers noir, voilà qui représente bien la musique de Hold/Still. A son écoute, on reste bizarrement hypnotisé par les mélodies éthérées, l’électro lancinante et les ambiances puissantes et tranquilles, fasciné par les tours et détours tortueux et inattendus qui nous attendent dans les différentes chansons, entre énergie rock, transes entêtantes et passages aériens.

Bien que le son soit brut et crasseux, souvent répétitif, les mélodies et sons distillés par Suuns semblent méthodiquement calculés, les constructions intellectuelles. Et cependant, l’écoute est facile, elle me berce d’une manière presque rassurante. A chaque écoute mon plaisir est renouvelé : je suis entièrement envahie par les univers sonores variés qui forment pourtant un ensemble cohérent, intime, unique et original. Un album fortement conseillé, en attendant de voir un éventuel live qui promet d’être mémorable !


lundi 5 décembre 2016

Mauvais Genre

  • Bande dessinée, de Chloé Cruchaudet, 2013, Française



  • Pourquoi ça crame les oiseaux?

Guerre, prostitution et violence conjugale, dans un univers en noir et blanc avec une touche de rouge…

  • L´histoire

Paul est un jeune amoureux qui part faire la guerre dans les tranchées sans se rendre compte de ce qui l’attend. Volontairement blessé pour fuir la bataille, il se retrouve caché par sa femme dans un appartement. Un jour, elle a une idée pour lui permettre de sortir et de travailler : le déguiser en femme. Mais au fil du temps, Paul aura envie de profiter de plus en plus de sa liberté, quitte à jouer de sa nouvelle identité.

  • Ce n'est que mon avis

J’étais très enthousiaste à l’idée de lire Mauvais Genre, vu le style vraiment esthétique et sombre des dessins et le thème jouant avec les questions de genre (J’aime beaucoup les histoires de travestissement voire de transsexualité, par exemple Hedwig and the angry inch et Laurence Anyways font partie de mes films préférés). J’ai donc commencé la BD avec une attente d’histoire d’amour libertine trav/bi friendly, qui choquerait la ménagère de l’époque mais ferait sourire gentiment les lecteurs modernes que nous sommes.

Que nenni mon enfant ! Même si il y a effectivement une histoire d’amour, ainsi que, oui, du libertinage, d’abord l’un et l’autre ne font pas spécialement bon ménage, mais surtout plus que son travestissement c’est le traumatisme de la guerre qui aura une véritable influence sur le comportement de Paul. La violence et la peur liés au souvenir de la guerre, et le côté « carpe diem » de celui qui a vu la mort de près, rendent le personnage peu sympathique puisqu’on sent bien qu’il n’a, et c’est bien compréhensible, plus de respect pour grand-chose. Et cela va en empirant au fur et à mesure du livre.



Qu’en penser, donc ? Je ne vais pas me plaindre du manque de bons sentiments sur un blog qui doit cramer les oiseaux, soit. Mais il faut plus de temps pour apprécier un récit quand on ne ressent pas spécialement de sympathie pour les personnages. Puis on prend du recul : l’histoire est intéressante, originale, et réaliste (puisque d’ailleurs tirée de faits réels…). Les caractères des personnages sont francs et paraissent bien retranscrire l’époque, et finalement de thème du traumatisme de la guerre est bien traité dans les mises en scènes et les dessins. C’est donc un album intéressant et plus cru qu’il n’y parait, avec une histoire forte et des rebondissements inattendus. Une lecture qui vaut le coup.    


mercredi 16 novembre 2016

Black Mirror

  • Série, de Charlie Brooker, Britannique, créée en 2011


  • Pourquoi ça crame les oiseaux?

Série TV qui à chaque épisode invente de nouvelles histoires nées du rapport, dans un futur plus ou moins lointain, entre l’homme et la technologie : télévision, technologie portable, réseaux sociaux et internet.
Histoires qui finissent rarement bien… C’est un euphémisme ! Vision critique de la société actuelle et de son rapport avec les médias, satyre, situations absurdes et parfois choquantes ou perturbantes.

  • Ce dont il s’agit

Chaque épisode de Black Mirror est construit de manière totalement indépendante : scénario unique, nouveaux personnages, nouveaux acteurs. Même les époques ne sont jamais les mêmes : de très proches de nous à très lointaines dans le futur, dans une société qui ressemble à la nôtre ou qui s’est totalement transformée. Cependant elles ont toutes en commun de raconter les mésaventures d’un personnage en particulier, qui verra le cours de sa vie transformé par le biais des NTIC. Difficile de donner des exemples sans spoiler. Mais on retrouve notamment des puces qui, placées derrière l’oreille, servent de mémoire virtuelles et enregistrent tout ce qui est vu ou entendu, au cas où on voudrait se le repasser plus tard. Des victimes de hackeurs ou de youtubeurs malveillants. De la téléréalité à très grande échelle. Ou encore des jeux vidéo dans une réalité virtuelle terriblement réaliste… (vidéo en VF mais je n’ai pas trouvé la VOSTFR). (Sérieux rien qu’en regardant cette bande annonce pour la mettre sur le blog j’ai envie de tout revoir…)


  • Ce n'est que mon avis

J’ai découvert la série en regardant par hasard ce qu’il y avait sur Netflix. Choc et étonnement ! Aucune série ne ressemble à Black Mirror, pour plusieurs raisons. Bien sûr par sa forme originale, sans histoire suivie. Mais surtout par son ton : les scènes et thèmes abordés sont très osés, on sent que le réalisateur ne s’est pas imposé les limites de la série « grand public ». Les sujets sont pertinents : ils semblent toujours être le résultat d’analyses de notre société et de ses travers, et au-delà de la technologie c’est la faiblesse de l’homme qui est pointée du doigt.


La réalisation est maîtrisée et rythmée, on ne s’ennuie pas une seconde, et après chaque épisode on a envie de voir le suivant (si on a la force bien sûr !), parce qu’on sait qu’on aura toujours beaucoup d’esprit, des surprises, et cette satisfaction de sentir le pied de nez fait au spectateur qui ne sait pas à quoi s’attendre. Ce sont de vrais petits films, et je dirais de petits films d’auteur, dans lesquels l’histoire personnelle des personnages et leurs sentiments sont aussi importants et traités avec autant de soin (bravo aux acteurs !) que la critique de la société actuelle. On s’identifie très bien, les situations sont tout à fait réalistes et l’effet n’en est que plus puissant. Best série ever ? Peut-être…


lundi 7 novembre 2016

Otto Dix – Le Retable d’Issenheim

  • Exposition, Peinture et dessin, d’Otto Dix et autres artistes, du 8 octobre 2016 au 30 janvier 2017 à Colmar


  • Pourquoi ça crame les oiseaux?

Ce peintre allemand ((2 décembre 1891 – 25 juillet 1969) est surtout connu pour ses dessins et peintures torturés sur son vécu de la 1ère guerre mondiale. Il est également réputé pour ses portraits sarcastiques et peu flatteurs dans le cadre du mouvement de la nouvelle objectivité. (Son tableau le plus connu en France étant son Portrait de la journaliste Sylvia von Harden, ci-dessous, peint en 1921 et racheté par le centre Pompidou en 1961).





Il dit sur la guerre : "C'est que la guerre est quelque chose de bestial : la faim, les poux, la boue, tous ces bruits déments. C'est que c'est tout autre chose. Tenez, avant mes premiers tableaux, j'ai eu l'impression que tout un aspect de la réalité n'avait pas encore été peint : l'aspect hideux. La guerre, c'était une chose horrible, et pourtant sublime. Il me fallait y être à tous prix. Il faut avoir vu l'homme dans cet état déchaîné pour le connaître un peu."

  • Ce dont il s’agit

Le musée Unterlinden de Colmar consacre une grande exposition à cet artiste allemand, en prenant pour fil conducteur ses thèmes, techniques et inspirations en lien avec un grand triptyque peint de 1512 à 1516 par le peintre Matthias Grünewald : Le retable d’Issenheim.

Pourquoi cette exposition ?
-          Otto Dix est assez peu représenté dans des expositions en France
-          Il a été prisonnier à Colmar, et a peint pendant cette période des œuvres différentes du reste de sa carrière, utilisant plus volontiers des thèmes et techniques classiques (comme les paysages et la religion)
-          Le retable d’Issenheim est aujourd’hui exposé en permanence au musée, et il vrai qu’à la vue des œuvres du peintre allemand exposées, et après la visite guidée de l’exposition, on ressent particulièrement le lien entre cette œuvre et celle d’Otto Dix : formes et techniques utilisées dans certaines œuvres, puissance et violence des représentations, thèmes religieux.

Sont exposées des œuvres de différentes époques : dessins de guerre, portraits (dont celui de Beaubourg), œuvres burlesques et ridicules classées comme « art dégénéré » par les nazis, paysages déchirés. On trouve aussi dans la deuxième moitié des peintures à thème religieux, mélangeant classicisme et un symbolisme fataliste, moderne, étonnant : comme ce portrait de la madone sous les traits de son amante mariée ainsi que la représentation de Job en soldat (si vous ne connaissez pas l’histoire de Job, je vous conseille c’est assez parlant sur la religion), ou sa propre identification à Saint Christophe (qui plie sous le poids de Jésus, donc du monde…).

  • Ce n'est que mon avis

Venus en week-end en amoureux à Strasbourg, c’est par hasard que nous sommes tombés sur l’annonce de l’exposition sur Otto Dix, que mon cher et tendre et moi-même appréciions déjà pour ses dessins macabres sur la guerre et ses peintures de personnages caricaturaux et ridicules. J’en avais notamment vu lors d’une exposition sur le mouvement Dada, auquel il a participé.


(Danse des morts)

Il y a des œuvres de ce type au musée de Colmar, mais j’ai été aussi surprise par les aspects que je ne connaissais pas. Il a utilisé beaucoup de techniques différentes, de dessin, de peinture (cubisme, expressionisme… jusqu’à des styles copiés de maîtres anciens). Voir ces œuvres en vrai est impressionnant et donne une sensation forte de la violence et du désespoir qu’elles sont faites pour transmettre.

J’ai aussi été assez étonnée par le virement religieux de son œuvre : comment une vision de l’humanité aussi désespérée et noire peut-elle être le fruit d’un esprit croyant ? Les différents articles que j’ai parcourus lient plutôt philosophiquement le peintre à Nietzsche. Sa manière de moquer le monde et les hommes (l’œuvre divine !) ne parait pas très digne d’un bon chrétien. Alors, d’où vient cet attrait pour les sujets christiques et de saints vers la fin de sa carrière? Est-ce lié à l’époque, qui contrairement à aujourd’hui laissait peu de place à la laïcité ?  Est-ce la vieillesse et la peur de la mort qui ont poussé le peintre à croire en un au-delà ? Est-ce qu’il a voulu se refaire une respectabilité dans le monde de la peinture de l’époque en reprenant des thèmes classiques (en y injectant discrètement ses ressentis)? Est-ce que la grandeur du sacrifice et de la souffrance en tant qu´épreuve divine infligée aux hommes pour tester leur foi est seule capable de rassurer l’esprit face à la cruauté du souvenir de la guerre ?


(Saint Christophe)

Malheureusement peu de sources dans les quelques-unes que j’ai pu trouver sur internet ne répond à cette question (ni ne la pose !). Mais elle a tout de même été pour moi un des intérêts de cette visite, en plus des visions artistiques et historiques.

Par contre, et comme on trouve tout sur internet, je vais conclure cet articles avec une vidéo qui n’a pas grand-chose à voir mais qui m’a bien amusée, alors je vous la montre : un groupe de gothique russe a décidé de s’appeler Otto Dix ! Je ne sais pas si l’artiste apprécierait, mais c’est une curiosité !



   

lundi 24 octobre 2016

When the Cellar Children See the Light of Day

  • Disque, Folk, de Mirel Wagner, 2014, Finlande

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  • Pourquoi ça crame les oiseaux?

Décidément, j’ai encore envie d’écrire « comme son nom l’indique » : When the Cellar Children See the Light of Day, c’est donc quand les enfants de la cave voient la lumière du jour. Cela dit, dans ce disque, on sent bien qu’ils ne vont pas la voir de sitôt, voire que tout le monde sera mort avant de l’avoir vue.
Une poésie noire, sur les thèmes de la mort, de la peine, de la trahison, de la nuit, de l’enfance, toute en finesse et belle tranquillité.   

  • Ce dont il s’agit

Deuxième album de la chanteuse de folk finlandaise d’origine éthiopienne : on y trouve des notes de guitare et des arrangements minimalistes qui donnent des mélodies mélancoliques, servant des textes non moins torturés. La voix est douce, presque susurrée, et semble tranquille même dans la résignation : « you can’t eat the dirt, even if you wanna » : tu ne peux te nourrir de la saleté, même si tu le voudrais. Musicalement, on pense à Léonard Cohen, ou à Nick cave.


  

  • Ce n'est que mon avis

le premier album éponyme de Mirel Wagner m’avait déjà fait une très forte impression, notamment avec la chanson « no death », formidable de simplicité morbide.




Alors, qu’en est-il de ce deuxième album ?
Il est vrai que l’accroche est moins immédiate que pour le disque précédent, et que les chansons sont pour certaines plus difficile d’accès, le tempo étant encore plus lent. Mais après quelques écoutes, et en prenant le temps d’apprécier l’ambiance sombre et de comprendre les paroles pour les moyennement anglophones, on savoure finalement aussi bien ce petit bijou musical


Le style reste le même : la voix donne une impression d’intimité comme si la chanteuse nous récitait lentement ses petites histoires étranges à l’oreille. On retrouve le plaisir d’une beauté dénudée, spectrale, sans la caricature qu’on pourrait craindre avec ce type d’attitude et de thèmes. On sent une certaine modestie qui sert bien le coté profond mais sans chichis, tout en allant sans broncher assez loin dans le désespoir et le cruel pour faire sourire l’auditeur averti !